Bardeaux en polymères (dont 5 % de pneus)
recyclés ainsi que fibres de chanvre et de lin.
Enviroshake
La première maison de chanvre industriel au pays,
voire au monde, vient d’être érigée dans le village
ontarien de Dalston, près de Barrie. Le chanvre industriel
est une plante non hallucinogène de la même famille que
la marijuana (chanvre indien). Sa culture fut autorisée à
nouveau au Canada il y a quatre ans, après plus de 50 ans d’interdiction,
bien que son usage fut permis pour fabriquer des toiles et cordes
de bateaux durant la Seconde Guerre mondiale.
« Plante utile » est le sens du
nom latin (Cannabis sativa) du chanvre. On lui attribue plus de 25 000
usages : nourriture, médicaments et suppléments
alimentaires, produits de soins corporels, papier, matériaux
de construction, textiles, combustible, etc. Les grands maîtres
comme Rembrandt peignaient sur des toiles de chanvre avec des peintures
à base d’huile de chanvre. Sa fibre, la chèvenotte,
serait la plus solide du monde végétal.
La ferme expérimentale Hempola Valley Farms, de
Barrie, cultive le chanvre, fabrique et vend divers produits à
base de graines et d’huile de chanvre à travers l’Amérique
du nord. Depuis un an, la compagnie Hempola se fait construire une
maison de forme octogonale d’une superficie de plancher de 7 000
pieds carrés sur quatre étages, afin de démontrer
le potentiel énorme de cette plante et de l’industrie canadienne
du chanvre.
Le chanvre est notamment utilisé comme
paille pour l’isolation et comme huile pour
finir le bois.
Béton, finition et combustible
Chauffée en bonne partie par le soleil pénétrant
par les vitrages orientées du sud-est au sud-ouest, cette maison
possède plusieurs autres caractéristiques novatrices.
« La liste des matériaux à base de chanvre
que nous utilisons ne cesse de s’allonger, explique la co-fondatrice
de la compagnie, Kelly Smith, très fière de ce projet.
En plus des ballots de paille de chanvre pour isoler les murs, nous
incorporons aussi les nouveaux bardeaux Enviroshake, à 95 %
de polymères (dont 5 % de pneus) recyclés, et des
fibres de chanvre et de lin, ainsi que l’huile de finition HempWood
que nous fabriquons en diverses teintes de couleur. Nous appliquons
cette huile sur nos boiseries, nos planchers de bambou, les armoires
de cuisine et comme scellant notamment pour nos comptoirs de béton,
dans lequel la fibre de chanvre sert d’agrégat. Nous sommes
même à développer un vernis pour donner un lustre
à ces surfaces. Ajoutons à la liste un stuc de ciment
et fibre de chanvre pour finir les murs intérieurs et extérieurs
en style adobe, plusieurs applications de tissu de chanvre (par exemple
pour les divans) et autres petites surprises comme des panneaux acoustiques
en chanvre. D’ici deux ans, notre recherche se centrera sur un biocombustible.
Imaginez : nous cultiverions notre propre huile à chauffage et
notre essence à génératrice ! »
Après trois mois, les bardeaux Enviroshake prennent
la couleur argenté du cèdre posé il y a cinq
ans, explique son vice-président marketing Brian Eberle. « Par
contre, ils sont garantis, sans entretien, pendant 50 ans à
100 % de leur valeur transférable aux futurs propriétaires
d’une maison. Leur coût installé est semblable à
celui du cèdre, qui a une durée de vie de 15 ans s’il
n’est pas lavé et traité aux deux ans. »
Le jour où on en fera des panneaux de fibre de
chanvre, cette plante miracle pourrait sauver bien des forêts :
un acre de terre produit quatre fois plus de chanvre que de bois et
cette plante pousse en 100 jours.