En 1991, un très chic immeuble à appartements,
bâti dans les années vingt au centre-ville de Montréal,
est converti en coopérative d’habitation et rénové
pendant neuf mois. Des murs sont abattus sous le logement de Mme Myrna
Purdy et son mari, le Dr William Purdy, professeur de chimie à
l’Université McGill. « Ma belle-mère (Golda
Moman) était à la maison le jour et l’appartement était
couvert de poussière blanche qui s’infiltrait, explique Mme
Purdy. Les gens utilisaient des sableuses à courroie, ouvrant
une véritable de boîte de Pandore car le nettoyage de
la poussière qu’elles génèrent est ensuite quasi
impossible. Nous avons trouvé le devis architectural d’origine
et il spécificait trois couches de peinture contenant au moins
70 % de plomb. Ma belle-mère passait l’aspirateur sur
nos centaines de livres, un à la fois. Une très grave
erreur car un aspirateur peut être l’objet le plus dangereux
dans votre maison, s’il n’est pas doté d’un filtre à
haute efficacité (HEPA), car il rejette les fines poussières
dans l’air. »
À l’été 1993, Mme Moman fut hospitalisée,
souffrant de nausées, de sueurs, de crampes abdominales, de
pertes d’équilibre, de maux de tête et de perte d’audition.
En 1995, sa belle-mère est morte « en agonie absolue,» poursuit
Mme Purdy. « Les médecins montréalais ne
sont pas formés pour chercher l’intoxication au plomb, alors
ils ne l’ont jamais soupçonnée. Ce n’est qu’après
sa mort, en faisant des formations aux États-Unis sur la décontamination
du plomb, que j’ai réalisé qu’elle avait tous les symptômes
de plombémie aigüe. Malheureusement, nous n’avons pu le
prouver car nous avons fait incinérer son corps. »
Pour sa part, Myrna Purdy est tombée gravement
malade. Les vapeurs de solvants émis durant les travaux par
les colles, peintures et autres matériaux l’auraient rendue
hypersensible aux produits chimiques, très affaiblie et fragile.
Son plus grand stress fut engendré par la très longue
attente avant qu’un médecin ne diagnostique sa condition et
la résistance de son entourage à reconnaître son
extrême fragilité. Elle demeure maintenant à la
campagne car en ville elle doit porter un masque à gaz pour
ne pas tomber malade. William Purdy souffre de troubles de mémoire
que ses médecins attribuent à son âge (lui et
sa femme ont plus de 70 ans), une interprétation que rejette
Mme Purdy.
« Certains centenaires sont encore incroyablement brillants.
Mon mari avait un très haut niveau d’intelligence : il
a enseigné pendant 45 ans sans notes de cours, mais il a dû
cesser car il oubliait le nom de ses sources. »
Myrna Purdy est devenue
hypersensible aux produits chimiques
en respirant desvapeurs de solvants
durant les rénovations. Elle, son mari et
surtout sa belle-mère ont aussi été
intoxiqués par de la poussière de
peinture contenant 70 % de plomb
Ils ont presque tout perdu
Les Purdy ont dû abandonner leur appartement ainsi
que la presque totalité de leurs biens, déclarés
déchets toxiques par des spécialistes de l’Université
McGill. Le couple poursuit actuellement la coopérative d’habitation
pour récupérer 70 000 $, ce qui ne représente
qu’une fraction de leurs pertes. « Nous poursuivons surtout
pour alerter le public aux dangers du plomb. À l’époque,
nous avions tenté de faire cesser les travaux, mais (un médecin
de santé publique) nous avait dit que tout cela était
dans notre tête, que les niveaux de plomb mesurés chez
nous étaient normaux pour le Québec. Pourtant, il y
avait jusqu’à 406 microgrammes de plomb par pied carré
sur nos tables. (NDLR : C’est 10 fois la norme américaine EPA
pour les planchers, de 40.) L’Université McGill s’est servie
de notre appartement comme laboratoire pour enseigner l’analyse environnementale
: les étudiants et leur professeur Jean- Pierre Farant, directeur
du département de médecine du travail, nous ont recommandé
de tout jeter sauf les matériaux durs comme les tables, que
l’on pouvait nettoyer avec un linge humide. Ils ont aussi trouvé
des niveaux élevés de cadmium, métal lourd qui
se retrouve aussi dans la peinture et qui cause le cancer du foie. »
Le plomb utilisé dans les aqueducs et pour sucrer
le vin aurait causé la chute de l’Empire romain, ajoute-t-elle.
L’effet du plomb sur l’intelligence explique sans doute pourquoi un
certain Gaulois disait : « Ils sont fous, ces Romains ! »
L’analyse des cheveux de Beethoven a même révélé
une concentration très élevée de plomb qui aurait
expliqué sa surdité, selon le réseau de télé
publique américain PBS. Les experts américains qui ont
formé Mme Purdy lui ont même expliqué que le plomb
s’incruste en permanence dans les boiseries et qu’il s’infiltre dans
toute nouvelle peinture appliquée après décapage.
« À Washington, vous ne pouvez obtenir un permis de rénovation
sans pouvoir prouver que votre logement ne contient pas de plomb ou
que vous embauchez des spécialistes de la décontamination. »
Morris Charney et André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle (2003) www.21esiecle.qc.ca