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Un jardin pluvial pour retenir et filtrer l'eau de pluie
Par : Édith Smeesters
Magazine La Maison du 21e siècle


  Nous savons tous que lors de la construction d’une nouvelle maison, il est nécessaire de s’assurer que l’eau des pluies ne touche pas aux fondations. Les pentes du terrain sont donc aménagées afin que l’eau s’écoule le plus rapidement possible vers la rue. Cependant, une bonne partie de la pluie qui tombe sur le sol ne profite pas aux plantes, tout comme celle qui tombe sur le toit des maisons, les allées de garage en asphalte et les autres surfaces imperméables. En s’écoulant, l’eau se charge d’une multitude de polluants : sels de déglaçage, huile de voiture, métaux lourds, phosphates, etc. Même la pelouse absorbe très peu de pluie lorsque la terre est sèche et qu’elle est posée sur un sol argileux. L’eau de pluie qui ruisselle dessus entraîne les pesticides et engrais vers les rivières et autres plans d’eau, endommageant inévitablement la faune aquatique et entraînant la prolifération de plantes aquatiques, d’algues et de cyanobactéries.

  Lors des gros orages, les égouts pluviaux sont rapidement sursaturés et débordent, ce qui cause de gros ennuis aux autorités municipales. En milieu urbain, l’abondance des surfaces imperméables et le drainage excessif créent souvent des inondations lors des précipitations abondantes, alors que la sécheresse peut sévir quelques semaines plus tard et occasionner une surconsommation d’eau potable pour l’arrosage ! Certaines municipalités exigent l’installation de bassins de rétention lors de la construction de gros projets, comme un centre d’achat, mais en fait rien n’oblige les entrepreneurs à prévoir de telles installations en milieu résidentiel, surtout lorsque celui-ci se développe petit à petit.

Or, dans un milieu naturel, les eaux de pluie sont retenues par les arbres, les arbustes et les plantes herbacées. Elles pénètrent ensuite lentement dans le sol où elles sont filtrées avant de retourner éventuellement dans les nappes souterraines ou les cours d’eau.

La spirée à larges feuilles est une plante indigène
idéale pour un jardin pluvial.
Le jardin pluvial
  La création d’un jardin pluvial privé est une façon de ralentir la quantité d’eau de ruissellement en lui permettant d’être absorbée lentement par le sol. Cette eau peut ainsi être réutilisée localement, au besoin, et favoriser la création d’un milieu attrayant et diversifié pour la faune et la flore. C’est également une façon de filtrer les polluants et de prévenir l’érosion de nos sols qui sont naturellement riches en phosphore.

  Un jardin pluvial est une dépression de faible profondeur conçue pour recueillir l’eau de pluie excédentaire et qui s’assèche après environ deux jours. Il faut placer le jardin pluvial à au moins 4 mètres de la maison, et si possible le long d’une voie naturelle d’écoulement des eaux. Lors de la construction d’une maison, il est relativement facile de modeler le terrain de façon à orienter toutes les eaux de ruissellement vers une ou plusieurs dépressions. Sur un terrain existant, il faudra peut-être prolonger les descentes de gouttières ou enterrer des drains pour diriger l’eau dans la bonne direction. Le sol devrait être assez perméable pour permettre une absorption rapide de l’eau. Toutefois, le jardin doit être situé à au moins 1 mètre au-dessus de la nappe phréatique, sinon il se transformera en étang.

  Si le sol est argileux, vous pouvez l’ameublir jusqu’à une profondeur de 0,6 à 1,2 mètre, et placer, au besoin, du sable ou du gravier dans le fond de la dépression. Pour déterminer la grandeur et la profondeur de votre jardin pluvial, vous devez évaluer la quantité d’eau qui sera captée sur votre terrain et le taux d’infiltration du sol. Des spécialistes peuvent vous aider dans cette tâche, mais vous trouverez une excellente publication sur le sujet téléchargeable gratuitement à partir du site Web de la Société canadienne d’hypothèques et de logement1. S’il y a des débordements, vous pouvez toujours vous ajuster en agrandissant votre jardin pluvial ou en en créant un autre.

Que planter ?
  Pour les plantes, choisissez des vivaces ou des arbustes qui tolèrent des conditions humides mais aussi des sécheresses occasionnelles. Voyez ce qui pousse naturellement dans les fossés ou les prairies humides de votre région : quenouilles, spirées, eupatoires, fougères, cornouillers, saules arbustifs, etc. Ces deux dernières espèces peuvent être bouturées facilement en début de saison. (Une bouture est une portion de tige d’environ 30 cm de long qui prend racine dans l’eau ou directement dans le sol humide.) Vous pouvez également utiliser un mélange de semences de rivage ou de prairie humide. Votre jardin pluvial aura une allure naturelle ou plus élaborée, selon vos goûts et le temps que vous voulez y consacrer.

  Il y a d’autres façons de ralentir le ruissellement des eaux de pluie et de filtrer les polluants : par exemple, en réduisant les surfaces imperméables de votre terrain (les remplacer par des pavés, du gravier ou de la végétation) et en remplaçant les espaces gazonnés par des plantations d’arbres, d’arbustes et de vivaces, comme des couvre-sols.

1. Un jardin pluvial pour mieux gérer les eaux de ruissellement dans votre cour.
   www.cmhc-schl.gc.ca/fr/co/enlo/ampa

Édith Smeesters,
Magazine La Maison du 21e siècle, 2008
www.21esiecle.qc.ca
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