Nous savons tous que lors de la construction dune
nouvelle maison, il est nécessaire de sassurer que leau
des pluies ne touche pas aux fondations. Les pentes du terrain sont
donc aménagées afin que leau sécoule
le plus rapidement possible vers la rue. Cependant, une bonne partie
de la pluie qui tombe sur le sol ne profite pas aux plantes, tout
comme celle qui tombe sur le toit des maisons, les allées de
garage en asphalte et les autres surfaces imperméables. En
sécoulant, leau se charge dune multitude
de polluants : sels de déglaçage, huile de voiture,
métaux lourds, phosphates, etc. Même la pelouse absorbe
très peu de pluie lorsque la terre est sèche et quelle
est posée sur un sol argileux. Leau de pluie qui ruisselle
dessus entraîne les pesticides et engrais vers les rivières
et autres plans deau, endommageant inévitablement la
faune aquatique et entraînant la prolifération de plantes
aquatiques, dalgues et de cyanobactéries.
Lors des gros orages, les égouts pluviaux sont
rapidement sursaturés et débordent, ce qui cause de
gros ennuis aux autorités municipales. En milieu urbain, labondance
des surfaces imperméables et le drainage excessif créent
souvent des inondations lors des précipitations abondantes,
alors que la sécheresse peut sévir quelques semaines
plus tard et occasionner une surconsommation deau potable pour
larrosage ! Certaines municipalités exigent linstallation
de bassins de rétention lors de la construction de gros projets,
comme un centre dachat, mais en fait rien noblige les
entrepreneurs à prévoir de telles installations en milieu
résidentiel, surtout lorsque celui-ci se développe petit
à petit.
Or, dans un milieu naturel, les eaux de pluie sont retenues par les
arbres, les arbustes et les plantes herbacées. Elles pénètrent
ensuite lentement dans le sol où elles sont filtrées
avant de retourner éventuellement dans les nappes souterraines
ou les cours deau.
La spirée à larges feuilles est une
plante indigène
idéale pour un jardin pluvial.
Le jardin pluvial
La création dun jardin pluvial privé
est une façon de ralentir la quantité deau de
ruissellement en lui permettant dêtre absorbée
lentement par le sol. Cette eau peut ainsi être réutilisée
localement, au besoin, et favoriser la création dun milieu
attrayant et diversifié pour la faune et la flore. Cest
également une façon de filtrer les polluants et de prévenir
lérosion de nos sols qui sont naturellement riches en phosphore.
Un jardin pluvial est une dépression de faible
profondeur conçue pour recueillir leau de pluie excédentaire
et qui sassèche après environ deux jours. Il faut
placer le jardin pluvial à au moins 4 mètres de la maison,
et si possible le long dune voie naturelle découlement
des eaux. Lors de la construction dune maison, il est relativement
facile de modeler le terrain de façon à orienter toutes
les eaux de ruissellement vers une ou plusieurs dépressions.
Sur un terrain existant, il faudra peut-être prolonger les descentes
de gouttières ou enterrer des drains pour diriger leau
dans la bonne direction. Le sol devrait être assez perméable
pour permettre une absorption rapide de leau. Toutefois, le
jardin doit être situé à au moins 1 mètre
au-dessus de la nappe phréatique, sinon il se transformera
en étang.
Si le sol est argileux, vous pouvez lameublir jusquà
une profondeur de 0,6 à 1,2 mètre, et placer, au besoin,
du sable ou du gravier dans le fond de la dépression. Pour
déterminer la grandeur et la profondeur de votre jardin pluvial,
vous devez évaluer la quantité deau qui sera captée
sur votre terrain et le taux dinfiltration du sol. Des spécialistes
peuvent vous aider dans cette tâche, mais vous trouverez une
excellente publication sur le sujet téléchargeable gratuitement
à partir du site Web de la Société canadienne
dhypothèques et de logement1. Sil
y a des débordements, vous pouvez toujours vous ajuster en
agrandissant votre jardin pluvial ou en en créant un autre.
Que planter ?
Pour les plantes, choisissez des vivaces ou des arbustes
qui tolèrent des conditions humides mais aussi des sécheresses
occasionnelles. Voyez ce qui pousse naturellement dans les fossés
ou les prairies humides de votre région : quenouilles,
spirées, eupatoires, fougères, cornouillers, saules
arbustifs, etc. Ces deux dernières espèces peuvent être
bouturées facilement en début de saison. (Une bouture
est une portion de tige denviron 30 cm de long qui prend
racine dans leau ou directement dans le sol humide.) Vous pouvez
également utiliser un mélange de semences de rivage
ou de prairie humide. Votre jardin pluvial aura une allure naturelle
ou plus élaborée, selon vos goûts et le temps
que vous voulez y consacrer.
Il y a dautres façons de ralentir le ruissellement
des eaux de pluie et de filtrer les polluants : par exemple,
en réduisant les surfaces imperméables de votre terrain
(les remplacer par des pavés, du gravier ou de la végétation)
et en remplaçant les espaces gazonnés par des plantations
darbres, darbustes et de vivaces, comme des couvre-sols.